Vegans, abattoirs : deux salles, deux violences

En France, alors que des images de cruauté dans des abattoirs circulent fréquemment, le véganisme voit naître une branche « radicale ». La violence des défenseurs de la cause animale augmente et l’industrie de la viande comme les vegans se renvoient la balle. Retour sur un conflit à deux violences.

Les pratiques cruelles dans les abattoirs sont malheureusement courantes, et désormais – grâce à des associations de défense des animaux (notamment L214) – connues de tous. Ces pratiques sont affichées publiquement et dénoncées sous forme de vidéos. On peut choisir de les regarder ou non, comme de changer ses habitudes alimentaires après les avoir visionnées. On ne peut toutefois pas les ignorer : elles passent sous nos yeux, sur les réseaux sociaux ou dans les JT du soir.

Si la violence envers les animaux existe en France, elle n’a toutefois pas que lieu dans les abattoirs. On la retrouve aussi dans les conditions d’enfermement des bêtes. Des cochons entassés, des poules pondeuses incapables de bouger, etc. Face à ce flux d’images, progresse la conscience de la maltraitance animale dans nos sociétés occidentales. Comment continuer à manger de la viande quand on voit les conditions de vie (et de mort) de ces bêtes ?

Le véganisme, un faux problème

Là naît le véganisme. L’idée est de bannir tout ce qui est « animal » de son alimentation. En effet, à l’inverse de son aîné le végétarisme, il est moins contradictoire. Végétarien, peut-on par exemple continuer à manger des œufs et fermer les yeux face à une violence similaire à celle que l’on condamne ? Les vegans sont souvent mis en dérision, moqués, rarement pris aux sérieux, parfois étiquetés « bobogauchos ». Pourtant, pourquoi ne pas accepter qu’ils refusent de manger quelque chose au nom d’une cause ? On ne va pas demander à un juif ou un musulman à chaque soirée pourquoi le porc lui pose problème.

Ce qui pose problème n’est pas le véganisme, mais certains individus qui se revendiquent vegans. En dehors du Marais, on ne trouve pas de restaurant ou supermarché vegan tous les 100 mètres. On voit alors le débat à travers un écran, avec des émissions ou reportages, qui lui sont consacrés. Souvent le véganisme se retrouve ainsi affilié à une sorte d’extrémisme. On retrouve ces individus vegans qui refusent la viande de manière catégorique, généralement outrés par la présence de boucheries dans leur quartier, niant le droit à chacun de choisir ce qu’il met dans son assiette.

Opération de militants vegan à Montpellier / Radio France – Marion Bargiacchi

Un extrémisme violent à ne pas généraliser

Là réside l’autre violence. Celle des mots comme celle des actes, qui ne connaît pas le principe de tolérance. Cette minorité au sein d’une minorité donne pourtant l’impression d’être très présente.

Devant les boucheries, elle vient, mégaphone et affiches sous les bras, dénoncer des « crimes » odieux. Elle se met en scène avec du (faux) sang, crée des performances pour mieux représenter l’idée de « meurtre ». Et par-dessus tout, elle empêche des gens de travailler. Chacun a le droit d’exercer le métier qui lui plaît, et la question de l’impact psychologique sur les bouchers et autres employés de l’industrie de la viande se pose.

Une boucherie de Lille vandalisée en mai dernier

Il est insensé de parler de « génocide » à propos des abattoirs et de ceux qui y travaillent. Ne pas tenir compte du poids de ces mots et de l’Histoire qui entoure le terme « génocide » est dangereux. Tuer des animaux pour les manger existe depuis la nuit des temps. Pourtant, ces individus révoltés semblent n’en avoir que faire, et exigent un changement profond de la société.

Un secteur où il devient de plus en plus difficile de travailler

Dans ce débat, il va de soi d’évoquer également l’incendie qui a récemment frappé l’abattoir d’Hotonnes. Le 28 septembre dernier, pas moins de six départs de feu ont été recensés, principalement dans les parties administratives et charcuteries du bâtiment. Que 80 employés se retrouvent au chômage technique car ils ont choisi de travailler dans une « usine à viandes », et non dans une usine automobile, est intolérable.

L’abattoir d’Hotonnes après l’incendie

Cela bouscule toute la chaîne de production de la grande surface ou boucherie, où doivent être livrés les produits de consommation aux élevages et agriculteurs. En France, le secteur de l’agriculture est sous-représenté, et les éleveurs bienveillants mis en scène dans « L’amour est dans le pré » gagnent souvent une misère. À la fin de la journée, ils doivent toutefois envoyer leurs bêtes à l’abattoir, et ils en sont conscients. Il est également utile de rappeler qu’en France, un agriculteur se suicide tous les deux jours.

Deux violences dos à dos

Les actions ont des conséquences et le tout forme une boucle. La violence envers les animaux est due à une mauvaise régulation du secteur. Avec plus de contrôles, les abattoirs seraient obligés de « faire plus attention », de tuer dans des conditions dignes. Cette violence entraîne le courant du véganisme. Et comme dans tous les courants, demeure une minorité extrémiste et violente.

On renvoie alors les deux violences dos à dos, et le débat en reste là. Chacun met la faute sur l’autre en faisant mine de ne pas connaître la sienne. Pour mettre fin à cette violence, la seule issue est une plus forte législation. Les auteurs de cruauté entre les animaux doivent être condamnés où qu’ils agissent.

Farid de la Morlette avait scandalisé la France en 2014 après avoir jeté un chat contre un mur, et a écopé d’un an de prison ferme pour cet acte. Les employés des abattoirs ayant des comportements irresponsables, indignes de leur profession et  ne tenant pas compte de la conscience animale, doivent être également condamnés et interdits d’exercer.

Capture d’écran de la vidéo de Farid de la Morlette

De l’autre côté, les professionnels de l’industrie de la viande et de l’élevage doivent pouvoir exercer dans de bonnes conditions. Comment un boucher peut-il se lever le matin quand il sait qu’on va peut-être le traiter de « meurtrier » dans la journée ? Les actes de vandalisme doivent être condamnés, et ce quelle que soit la raison derrière l’acte. Il n’est plus possible de tolérer des propos tels que « meurtre », « crime » ou « génocide » sur les réseaux sociaux ou les plateaux télé.

Il faut élargir le débat, et que chaque parti essaye de comprendre l’autre. Et cela passe par le fait d’assumer, de la part des vegans, la présence d’individus violents et dangereux parmi eux. Il en est de même pour les professionnels de l’industrie de la viande et de l’élevage.

Si les autorités laissent faire, nous assisterons tous à cette escalade de la violence qui aura des conséquences dramatiques. Il est impossible de dire que « ça finira mal », alors qu’on y est déjà.

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