Quand la SNCF déraille

Mise en vente de billets hors de prix, salle de repos réservée aux meilleurs agents, concours «  Top Lafeur »… L’entreprise a marqué l’actualité cette semaine au grand dam des usagers et des employés du groupe. Mais à l’aube de l’ouverture à la concurrence, quel avenir peut-on prévoir pour la SNCF? 

Retour sur une semaine agitée

Dure semaine pour la SNCF. Jeudi 11 octobre, un tweet partage une annonce provenant de la Gare d’Asnières dans les Hauts-de-Seine. Cette dernière fait la promotion d’une salle de détente accessible uniquement au mérite. À peine partagée, l’affiche provoque aussitôt une grande vague de réaction et d’indignation auprès des syndicats. Sollicitée par le Huffington Post, la SNCF a alors aussitôt condamné « une initiative purement locale », avant d’assurer que cette pratique était « contraire aux valeurs RH de la SNCF ». Un peu plus tard, ce vendredi 12 octobre, des messages d’incompréhension font leur apparition. La cause ? Les tarifs jugés trop élevés dévoilés par la SNCF sur la période de Noël. Accusée d’abuser de ses usagers, la SNCF s’est défendue sur Twitter : « Le prix des billets augmente en fonction du nombre de voyageurs et Noël est une période très demandée ».

Enfin le 13 octobre, la semaine s’achève sur la diffusion d’une nouvelle circulaire du centre d’Asnières. Cette fois ci, elle présente un concours, celui du Top Lafeur. (LAF pour lutte anti-fraude).Trois prix sont ainsi promis à ceux qui assèneront le plus d’amendes. « Verbaliser plus pour gagner plus », ironise Guillaume Poingt dans les colonnes du Figaro.

Pour cette dernière révélation, la SNCF évoque à nouveau une initiative locale mais ne condamne pas. Voilà qui nous en révèle alors davantage sur les « valeurs RH » évoquées un peu plus haut. Doit-on y voir une simple prime ou est-ce le témoin d’un management toujours plus agressif ? Le débat reste ouvert. Les usagers, quant à eux, regrettent d’être à nouveau la cible de cette initiative. Parmi ces nombreux commentaires, on lit souvent entre les lignes des voyageurs l’impatience de voir arriver la concurrence. Mais justement, au tournant d’un grand virage, et après 84 ans de monopole, la SNCF est-elle prête à accueillir cette concurrence ?

La concurrence : quésaco ?

Le 29 mars 2018, et en réponse à une requête de Bruxelles, la France annonce l’ouverture à la concurrence de son réseau ferroviaire. En pratique, la concurrence devrait principalement s’orchestrer autour des lignes nationales (TGV) et des lignes régionales (TER). L’État, pour les premières, a opté pour un accord « open access » à la demande de la SNCF. De cette manière, les entreprises concurrentes pourront partager les liaisons avec la SNCF, sans qu’elle n’ait à s’en retirer. Pour ce qui est des lignes régionales, les choses se compliquent et dépendront entièrement des régions qui pourront (ou non) lancer des appels d’offre.

La concurrence, c’est pour quand ? Dès décembre 2019 selon les textes. Pourtant, il semblerait que les délais soient plus longs et la transition plus douce, notamment en Ile de France où la région a dévoilé un calendrier s’étalant de 2023 à 2033.

C’est dans ce contexte que Guillaume Pepy et son équipe ont dû peaufiner leur plan afin « d’armer la SNCF pour la concurrence ». Pour ce faire, ils ont mis au point une stratégie redoutable. «Oui Stratégie», et ses deux stars : OUIGO et INOUI. Autrement dit, l’entreprise a décidé de saturer le marché par ses offres : l’une low-cost et l’autre haut de gamme.

Néanmoins, une ombre apparaît au tableau : le coût de ces investissements. Il faudra en effet compter 3 milliards d’euros pour les 100 rames du « TGV du futur » d’Alstom, ou encore 1 milliard d’euros supplémentaires pour rénover d’anciens trains vieillissants. Loin de s’inquiéter de sa dette (pourtant estimée à 54,5 milliards d’euros), la SNCF est portée par une reprise du trafic et un chiffre d’affaires en hausse de 5% en août par rapport à celui d’août 2017.

Usagers oubliés

Si les projets fleurissent sur les grandes lignes, les plus petites, elles, sont délaissées et cristallisent les inquiétudes des usagers. Souvent grandes oubliées des projets d’investissement, les dysfonctionnements s’intensifient sur leur réseau. En réaction, et pour enfin faire entendre le mécontentement des voyageurs, des groupes d’entraide entre usagers naissent sur Facebook. Sur ces derniers, plus personne ne s’étonne des retards ni du service proposé. Souvent, la fin des messages partagés s’accompagne d’un « bon courage ».

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