Misery : Un Stephen King au théâtre

Au théâtre Hebertot, Daniel Benoin met en scène une adaptation théâtrale du célèbre roman de Stephen King. 

Le rideau se lève. Un homme, sous perfusion, se réveille, hurlant de douleur. Une femme accourt, à la voix inquiétante. Celle-ci veut se faire rassurante, mais sa déclaration, « je suis votre fan numéro un », sonne le début d’un cauchemar.

Cet homme alité, c’est Paul Sheldon, l’auteur de la célèbre saga littéraire Misery. Il vient de vivre un accident de voiture. Heureusement, il est sauvé par Annie Wilkes, une infirmière qui va s’occuper de lui. Pourtant, lorsqu’elle découvre que Misery Chastain meurt dans le dernier volume, la convalescence de l’écrivain devient une véritable prise d’otage. En effet, Annie Wilkes est bien décidée à punir celui qui, selon elle, a tué celle qui partage sa vie depuis des années.

Un thriller sur les planches

Cette pièce est la version française de la pièce de William Goldman, adaptée du roman du même nom, écrit par Stephen King en 1987. Néanmoins, elle se rapproche plus du travail qu’avait fait Rob Reiner sur l’adaptation cinématographique de 1990. En effet, le traitement de l’histoire se veut digne d’un thriller, là où le roman était un véritable huis-clos horrifique. De fait, l’histoire perd ce qui faisait son attrait à l’origine : Annie Wilkes est un véritable monstre aussi effrayant qu’un personnage de « slasher », ces films d’horreur ayant un tueur en série atypique pour personnage principal.

Une histoire horrifique se déroulant juste devant les yeux du spectateur aurait pu être un traitement très intéressant pour une pièce de théâtre. Mais cela ne se voit finalement que très peu, voire pas du tout. Et s’il existe une pièce capable d’exploiter tout son potentiel horrifique sur les planches, c’est bien Misery.

Myriam Boyer et Francis Lombrail dans Misery

À l’inverse, c’est un excellent thriller. Le suspense se crée surtout grâce au talent des comédiens : Francis Lombrail dans le rôle de Paul Sheldon et Myriam Boyer dans celui d’Annie Wilkes. Le spectateur voit la tension monter entre les deux personnages. Annie, la détraquée, celle qui va tout faire pour garder auprès d’elle son écrivain préféré. Paul, qui va tenter d’échapper à son emprise. Entre les deux se tisse une relation d’amour-haine fascinante. La détermination d’Annie se révèle effrayante et le fait que l’action se déroule devant nos yeux décuple le malaise ressenti face à tant de folie. La seule limite du théâtre étant évidemment l’impossibilité de figurer la violence de manière aussi crûe que celle décrite dans le livre.

Enfin, l’action aurait peut-être gagné à plus prendre son temps. La pièce dure 1h20 et les scènes s’enchaînent parfois trop vite. De plus, les comédiens clament leurs répliques sans vraiment laisser le temps à l’atmosphère de s’installer. Ce qui fait que l’aspect « joué » de l’action est souvent trop visible. Le spectateur a finalement l’impression que les comédiens se dépêchent de dire leur texte, là où le rythme des dialogues a une importance capitale.

La pièce est jouée toutes les semaines du jeudi au samedi à 21h et le dimanche à 15h au théâtre Hebertot. Ce théâtre a l’avantage d’être plutôt petit, ce qui permet au spectateur d’avoir une immersion appréciable peu importe sa place. Le coût du billet d’entrée varie entre 15 et 55 euros, tandis que le prix est fixé à 10 euros pour les moins de 26 ans.

Le théâtre Hebertot

Stephen King, un auteur à la mode

Depuis le succès de Ça (2017), d’Andy Muschietti, la popularité de l’auteur semble avoir été démultipliée. Le film a été le plus gros succès au box-office de l’Histoire pour un film d’horreur. Depuis la sortie du film, sept nouvelles adaptations sont sorties au cinéma, à la télévision, ou sur Netflix, et plus d’une quarantaine de projets sont en cours de production. Tout ça sans compter les dizaines de courts-métrages. Du jamais vu ! Pourtant, l’auteur est mondialement reconnu depuis des décennies et son œuvre immense a été déjà adaptée par une pléthore de grands noms : Shining (1980) de Stanley Kubrick, La Ligne verte (2000) et Les évadés (1995) de Franck Darabont, Carrie (1979) de Brian de Palma et bien d’autres.

Ça (2017), d’Andy Muschietti

Avec Ça, l’auteur a réussi à toucher un public qui ne le connaissait peut-être pas encore. Surtout, il rassemble deux générations : celle qui a découvert le téléfilm de 1990 et la nouvelle génération. Et il y a aujourd’hui beaucoup moins de mauvaises adaptations, comme ça a souvent été le cas avec les œuvres de King. La dernière en date est une série de J.J. Abrams, Castle Rock (diffusée en ce moment sur Canal+). Cette série d’anthologie n’est pas une adaptation mais elle s’inscrit dans l’univers que crée l’auteur à travers ses livres. La petite ville de Castle Rock est le décor d’un certain nombre de ses livres.

Avec Misery, King est adapté pour la première fois au théâtre. Il touche ainsi un nouveau public. Même si on peut se dire que cela n’était pas forcément nécessaire, il est toujours plaisant de voir que de tels projets parviennent à voir le jour. Stephen King est un auteur très prolifique, et son dernier livre sort ce mois-ci aux États-Unis. Comme la plupart de ses nouveaux romans, les droits d’adaptation de Elevation ne vont pas tarder à être achetés.

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