#metoo, un mouvement lent pour mieux durer ?

Il y a un an, le 5 octobre 2017, deux journalistes du New York Times publiaient Harvey Weinstein Paid Off Sexual Harassment Accusers for Decades, un article dans lequel le producteur Harvey Weinstein, alors à la tête d’un empire d’Hollywood, est accusé par de nombreuses femmes d’harcèlement sexuel.
Trois jours plus tard, c’est Ronan Farrow dans le New Yorker qui publie des témoignages de cinq femmes accusant à leur tour le producteur de viol.

Un an et un jour après, Brett Kavanaugh a finalement été désigné juge de la Cour Suprême américaine après un vote du Sénat remporté par les Républicains de justesse. Cette nomination a lieu alors que plusieurs accusations de violences sexuelles ont été émises à son encontre, dont celle de Christine Blasey Ford qui affirme que Brett Kavanaugh a tenté de la violer au lycée.

Harvey Weinstein se rend à sa cour d’audience à New York, le 5 juin 2018
/ AFP PHOTO / Don EMMERT

Révélation sur révélation, le processus entre en fonctionnement. De nombreuses femmes, pour la plupart actrices mais également réalisatrices, mannequins, journalistes ou assistantes imitent les victimes qui ont « osé » parler. Au total, plus de quatre-vingt femmes accusent Harvey Weinstein de violences ou d’harcèlement sexuel.

#metoo, un hashtag pour (enfin) parler

La suite est connue : la libéralisation de la parole des femmes concernant ces comportements s’est généralisée. Aux États-Unis naît le hashtag « #metoo », largement diffusé sur les réseaux sociaux. « BalanceTonPorc » devient l’équivalent francophone. Le hashtag utilise un vocabulaire plus violent et les mots « Balance » et « Porc » sont vite reprochés.

Un an après, les choses bougent doucement. Harvey Weinstein, qui a donné son nom à l’affaire a également provoqué un sursaut dans nos politiques et dans le monde entier. Des femmes violées, agressées, harcelées, ça arrive tous les jours. Au bureau, en bas de chez elles, chez elles.

Le débat lancé, chacun a pu se faire une opinion sur le sujet. Dans les médias, tout le monde s’exprime et de nouvelles questions sont soulevées parmi lesquelles celles de la zone grise et de la culture du viol.

La première écrase presque le débat alors que la plupart des accusations envers Weinstein réfèrent à des faits intervenant dans le cadre professionnel, dans un milieu où il arrive que des actrices « couchent » pour des rôles (voir le brillant sketch de Blanche Gardin aux Molières 2018).

Harvey Weinstein et Bill Cosby face aux juges

Aux États-Unis, le début de l’été a été marqué par le choix d’Harvey Weinstein de plaider non-coupable dans les trois premières affaires traitées. Son avocat Benjamin Brafman a indiqué dans la salle d’audience en juin dernier que deux des relations dont il est accusé étaient consensuelles.

Là commence donc une longue série de débuts de procédures judiciaires. Toutefois, le fait que Weinstein arrive menotté au tribunal, devant subir le « perp walk », la marche du criminel, devant les caméras est déjà une avancée, et savoir qu’il sera jugé comme n’importe quel citoyen fautif est un soulagement pour de nombreuses femmes.

AFP / Brendan Smialowski

Plus récemment, c’est Bill Cosby qui a fait l’actualité, condamné pour avoir drogué et agressé sexuellement Andrea Constand en 2004. La justice a condamné Cosby, acteur et star du divertissement américain, à une peine de trois à dix ans de prison le 25 septembre dernier.

L’accusation d’Andrea Constand n’est pas nouvelle, mais Bill Cosby n’a été reconnu coupable que le 26 avril dernier, après trois semaines de procès. Il s’agit donc du premier vrai procès de « l’ère #metoo », celle où les femmes n’ont plus peur de témoigner contre des hommes plus puissants.

Un an et un jour après l’article du New York Times, Brett Kavanaugh a finalement été désigné juge de la Cour Suprême américaine après un vote du Sénat remporté par les Républicains de justesse. Cette nomination a lieu alors que plusieurs accusations de violences sexuelles ont été émises à son encontre, dont celle de Christine Blasey Ford qui affirme que Brett Kavanaugh a tenté de la violer au lycée.

En France, le mouvement peine à s’imposer dans les mœurs

Invité à la matinale de France Infole 16 octobre 2017 et interrogé sur « Balance ton porc », Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a ainsi affirmé que « la dénonciation ne faisait pas partie de (son) identité politique ». Moins de trois heures après son intervention, la France assiste rétropédalage chronométré du ministre dans une vidéo publiée sur son compte Twitter.

L’année 2018 a commencé avec la publication dans Le Monde d’une tribune signée par Catherine Deneuve et 99 autres femmes actrices, écrivains, journalistes, etc. La tribune intitulée Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelles’interroge sur l’idée de séduction et le féminisme post-Weinstein. « Nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité » affirment les cosignataires.

 

Bien entendu, la tribune a immédiatement eu une popularité mondiale, due à la notoriété internationale de Catherine Deneuve. A la suite d’un tollé et du nombre incroyable de réactions sur internet, l’actrice a dû s’expliquer dans une autre tribune, cette fois dans Libération dont elle a fait la Une le 15 janvier 2018 : « Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé. »

L’affaire Frédéric Haziza ou le laxisme à la française

La France est également ce pays où une journaliste victime d’agression sexuelle du service public a dû démissionner à la suite de l’absence de sanctions de sa direction. La Chaîne Parlementairea en effet pris en compte le témoignage d’Astrid de Villaines en novembre dernier et suspendu Frédéric Haziza.

Toutefois, ce dernier a été réintégré par sa direction et a pu reprendre l’antenne en janvier 2018. La journaliste a alors décidé de quitter ses fonctions au sein de la rédaction. Frédéric Haziza, également l’objet d’une plainte de la journaliste, a écopé d’un rappel à la loi.

Le rappel à la loi, précisons-le, est une mesure permettant à la justice de ne pas prononcer de peine, tout en reconnaissant le tort de l’accusé.

Frédéric Haziza, coupable, est donc de nouveau à l’antenne sans aucune condamnation, et sans que le Canard Enchaîné, journal pour lequel il écrit habitué à rappeler leurs torts aux puissants, n’en dise mot. Des avantages de l’entre-soi…

Frédéric Haziza sur le plateau de LCP

 

Ces trois évènements distincts montrant la fragilité du mouvement « #metoo » en France, malgré le choix du Président Emmanuel Macron de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause nationale 2018.

Ils ne sauraient toutefois pas faire oublier le mise en détention provisoire de l’islamologue et universitaire suisse Tariq Ramadan, incarcéré pour « viol » et « viol sur personne vulnérable ».

L’incarcération de Ramadan est la première pour de tels faits en France dans l’ère #metoo. Elle est notamment due au nombre de élevé d’accusatrices : huit femmes au total accusent Tariq Ramadan d’abus sexuel ou de viol.

Finalement, l’islamologue étant une figure populaire, de nombreux soutiens dénoncent un complant consistant en une tentative de l’État de le faire taire, parce que musulman influent.

Ce que l’on retient de #metoo finalement, c’est que ça avance, mais lentement.

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