Les Outre-Mer : loin des yeux, loin du coeur

A l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron dans les Antilles du 26 au 30 Septembre, la colère des habitants s’est fait ressentir. En cause, la reconstruction trop lente après le passage de l’Ouragan Irma ainsi que le scandale chlordécone.  Comment l’Etat français prend-il en considération les Outre-Mer ?

6000, 9000 et jusqu’à 16800 kilomètres séparent la Métropole de ses territoires d’Outre-Mer. La politique française entretient avec ceux-ci une relation à distance. Sur Facebook, le statut de la relation serait « C’est compliqué ». Les gouvernements depuis des années semblent se draper sous des airs de beau-parleur. Plus facile de ne pas tenir ses promesses quand des milliers de kilomètres vous séparent.

Emmanuel Macron à Saint-Martin en septembre 2018

DROM, COM, TOM : Quelle est la différence ?

Il faut avant tout distinguer les DROM et les COM. Les DROM concernent la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion et Mayotte. Ce sont à la fois des départements et des régions françaises et fonctionnent exactement de la même manière. Les COM sont les collectivités d’Outre-Mer et regroupent : la Polynésie française, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis-et-Futuna, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Elles sont distinctes de l’Etat français et possèdent donc un statut particulier. Elles disposent d’une autonomie plus conséquente que les DROM. Il existe aussi deux TOM (territoires d’Outre-mer) que sont les terres australes et antarctiques françaises mais celles-ci sont inhabitées.

Le 29 septembre 2018, Emmanuel Macron a rendu visite aux habitants de l’île Saint-Martin, mécontents de l’avancée des travaux de reconstruction. Le passage en 2017 de l’ouragan Irma avait fait 11 morts (incluant Saint-Barthélemy) et avait détruit environ 20% des bâtiments. Un an après, le Président de la République s’est alors révolté concernant l’Etat de l’île. Il a assuré qu’il allait « mettre la pression sur la collectivité pour que la planification des travaux se fasse ». Lors de son déplacement, Emmanuel Macron s’est aussi rendu en Martinique et en Guadeloupe. Cette visite invite à s’interroger sur le sort réservé aux DROM, départements et régions dépendants entièrement de l’Etat français.

Emmanuel Macron le 12 septembre sur l’île de Saint-Martin. Jose Jimenez/Getty Images

Des inégalités persistantes : Les DROM en retard de développement

Les départements d’Outre-Mer sont indispensables à la France sur le plan militaire, politique, économique ou encore culturel. De la même manière, les départements ultramarins sont dépendants économiquement de la Métropole. Pourtant, les inégalités avec celle-ci sont nombreuses. La Réunion est le département le plus touché par le chômage selon les chiffres de l’INSEE 2016. La déscolarisation y est deux fois plus élevée qu’en Métropole. Plus choquant encore, l’accès à des conditions de vie saines n’est pas à la hauteur de la Métropole. Seul 12% des eaux douces sont de bonnes qualités en Guyane, 23% en Guadeloupe (mais les coupures d’eau sont régulières) et 42% en Martinique contre 56% en Métropole. Sans oublier que 5% des Guyanais n’ont pas accès à l’eau potable. Les conditions de vie ne sont donc pas conformes au rang auquel prétend se positionner la France.

Enfin, 1 personne sur 12 en Outre-Mer vit dans des bidonvilles (près de 150 000 bidonvilles existant). Mayotte abrite le plus grand bidonville de France. Début 2018, cinq personnes dont quatre enfants ont été tuées dans leur « Banga » (habitation en tôle) lors d’un glissement de terrain à Mayotte. Les bidonvilles (alimentés par une immigration clandestine) posent la question du droit au logement. Or, les départements ultra-marins sont les plus touchés par ce problème. Ils représentent à eux seuls 13% des logements insalubres français, alors que les habitants de ces îles représentent 4% de la population française. La ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, estime que le retard en construction de logements en Guyane et à Mayotte n’est pas rattrapable même si des moyens sont mobilisés.

Emmanuel Macron à Saint-Martin en septembre 2018

Le scandale du chlordécone

Le scandale du Chlordécone met en lumière les inégalités dont sont victimes ces départements. Pendant plus de vingt ans jusque dans les années 90, les exploitants agricoles (notamment dans les bananeraies) ont utilisé du chlordécone, un pesticide hautement toxique. Problème : l’Etat français en a autorisé la dispersion. Plus de 90% des Martiniquais et des Guadeloupéens sont contaminés. En Martinique, le taux de cancer de la prostate est le plus élevé du monde. Comme le rappelle Louis Boutrin, l’avocat de deux associations martiniquaises, dans un reportage mené par Konbini : « Les rapports scientifiques de 1977 avaient déjà identifié la contamination. Pourtant, l’Etat a continué à délivrer des autorisations de mise sur le marché de ce pesticide. L’Etat savait. » Selon lui, « Un tel scandale n’aurait jamais vu le jour dans l’Hexagone ».

Les habitants des départements ultra-marins se sentent donc délaissés par l’Etat français et considérés différemment que les habitants de Métropole. Ayouba Wadjihidine, un Français de Mayotte qui vit dans un bidonville explique dans un autre reportage Konbini : « Nous aimerions que l’Etat change son point de vue sur nous. Pour moi, l’Etat nous prend pour des français à part ». Concernant le chlordécone, Emmanuel Macron a amorcé une reconnaissance de l’Etat en affirmant que « L’Etat doit prendre sa part de responsabilité dans le scandale environnemental du chlordécone ». Ne l’oublions pas, les départements ultra-marins sont nés de l’époque coloniale. Ils devraient aujourd’hui être respectés  au même titre que tout autre département de Métropole en leur donnant accès aux droits fondamentaux. La France leur doit bien. Au sein de la fratrie française, l’Outre-Mer est finalement le cadet de la famille confronté à l’aîné, la Métropole, élevé injustement au rang de Roi par les parents. Paradoxalement et tristement, les départements français d’Outre-Mer restent plus riches et en meilleur forme que leurs voisins.

 

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