La Fashion Week vue de l’intérieur

« Pourquoi les mannequins ne sourient-ils jamais ? », « Anna Win-qui? », « Le catwalk, c’est pour les chats ? »… Vous aussi vous vous posez toutes ces questions restées jusqu’alors sans réponse ? Voici une petite enquête qui devrait vous éclairer à propos de l’évènement tant attendu par nos influenceurs.

Fashion-quoi ?

La Fashion Week, originellement nommée semaine de la mode, est l’évènement incontournable de l’industrie de la mode.

Il s’agit, pour les créateurs, de présenter aux yeux du grand public leurs dernières collections. Cela se déroule notamment dans quatre villes principales, New-York, Londres, Milan et Paris, surnommées le « Big Four ».

Le coût d’un défilé durant la fashion week peut s’élever de quelques centaines à plusieurs millions d’euros. Cet évènement est une véritable industrie prospère. Les marques consacrent à la mise en scène des shows 15 à 20% de leur budget. Ainsi Raf Simons a fait épingler sur les murs, 1 million de fleurs fraîches pour le défilé Dior. Chanel en 2013 a fait livrer un iceberg de 265 tonnes. C’est dire si la créativité des maisons de couture est illimitée.

Corey Tenold pour Vogue

De prestigieux défilés, mettant en scène des mannequins à la renommée internationale, arborant de luxueuses pièces de collection…tout semble être réuni pour susciter l’achat et faire de cette semaine si spéciale, une véritable oeuvre d’art.

Le mystère pesant sur ces shows

Pendant des années fermée au grand public, la Fashion Week demeurait réservée aux initiés, à l’élite des célébrités et aux journalistes. L’objectif était de susciter l’achat.

Au fil des ans, la manne financière représentée par les retombées médiatiques, poussée par le développement des réseaux sociaux, a conduit les marques à médiatiser davantage leurs shows.

On chiffre la retombée médiatique à 1 million d’euros pour 100.000 euros investis en défilé. On comprend alors mieux pourquoi ces événements sont de véritables sources de revenus, bien au-delà des achats de créations.

L’ensemble de l’organisation du défilé peut sembler, d’un point de vue extérieur, complexe et pointu. Du jargon très spécial, au secret des looks jusqu’au jour du défilé, en passant par la multiplicité des marques présentes en « in » et en « off », les non-adeptes peuvent souvent se trouver perdus face à une sphère si nébuleuse.

Toutefois, s’appuyant sur l’essor des réseaux sociaux, les marques adoptent, à l’heure actuelle, une démarche de diversification de leur visibilité.

Diffusion du défilé en direct sur Instagram, retransmission des moments les plus marquants sur YouTube, partage des heures des coulisses de préparation sur Snapchat… Tous les moyens sont bons pour donner l’illusion d’une accessibilité à un monde toujours aussi hermétique, quoi que l’on en dise. Mais ne nous y trompons pas : cette apparente ouverture ne vise qu’à augmenter les retombées médiatiques. L’ouverture au public non-initié n’est pas prévue pour demain.

Néanmoins, et malgré leur volonté de diversification, les marques laissent toujours planer volontairement un voile mystérieux  autour de cet évènement au retentissement planétaire.

Confidences pour confidences

Pour répondre à toutes nos curiosités, nous avons contacté plusieurs mannequins. Leur expérience leur a permis d’arpenter les catwalks pour les plus grandes marques.

La démarche, si particulière aux défilés de mode, est l’élément incontournable à maitriser pour réussir les castings, car c’est entre autres, sur celle-ci que les casteurs vont fixer leur choix.

« On nous apprend à défiler quand on arrive dans une agence » nous confie un mannequin à qui les professionnels ont conseillé de « marcher comme si tu étais suivi dans la rue » avec une touche de menton baissé et de sourcils froncés.

Les castings qui déterminent la possibilité ou non, pour un mannequin de défiler au cours de la Fashion Week, ont lieu sur les 4 jours précédant les 3 jours de shows. Les agences s’occupent de placer leurs recrues sur plusieurs opportunités, qui sont souvent les mêmes d’une agence à une autre. Cela impose aux mannequins énormément d’attente une fois sur place. On nous confie qu’il s’agit en général « d’une, voire de deux heures de patience pour un casting qui ne dure que quelques secondes ».

Une compétition acharnée ?

Dans un monde qui semble si éphémère et compétitif, les mannequins soulignent revoir souvent les mêmes visages entre les castings, les campagnes, et les défilés. Selon eux, ils ont conscience de « ne jamais être choisis pour leurs compétences », mais essentiellement car leur profil, leur physique, même atypique, « correspond à un look, à une image, à un vêtement ». Cela a pour avantage de ne pas créer d’animosité entre mannequins.

Sous réserve que le mannequin ait été retenu, il n’existe pas de limitation au nombre de défilés auxquels il peut participer, sauf celles imposées par sa santé et/ou par un contrat d’exclusivité. Ce dernier implique le paiement par la marque d’un supplément pouvant atteindre 3 à 4 fois le salaire de base. Cela concerne chaque prestation réalisée, qu’il s’agisse d’un show, d’un shooting, ou d’une campagne. Ainsi, la marque détient le monopole sur l’utilisation du mannequin, qui ne peut plus travailler pour une autre marque.

Corey Tenold pour Vogue

Un métier contraignant

Les semaines de fashion week laissent très peu de repos aux mannequins les plus en vogue de la saison. Au cumulé, ils peuvent défiler jusqu’à onze fois en trois jours, selon les confidences de la mannequin Charlotte Di Calypso. Outre le nombre de défilés, les mannequins s’accordent à dire que les timings durant le show sont « un peu délicats ». L’organisation doit souvent prendre en compte des « évènements de dernière minute qui imposent d’agir dans la précipitation ». Les mannequins, de ce fait, patientent parfois « 20 à 30 minutes dans le look » qui leur a été attribué. Par ailleurs, il arrive qu’on leur impose une présence sur la journée, alors que leur utilisation réelle ne s’étend guère au-delà d’une heure.

Discrétion absolue

Les shows de la fashion week sont chronométrés à la seconde près et orchestrés tels de véritables ballets. Toujours plus perfectionnistes et innovants, les marques ainsi que leurs créateurs sollicitent leurs mannequins tantôt la veille du show ou le jour-J pour plusieurs séances de répétitions. Imposant une discrétion absolue, les marques ne dévoilent pas – ou très exceptionnellement – les looks aux mannequins, avant le jour du défilé. En conséquence, ils répètent avec leurs propres vêtements, assortis uniquement des chaussures du look, pour s’adapter aux décors et aux timings imposés.

Défilés ou oeuvres d’art ?

Entre l’art et la mode, la source d’inspiration est réciproque et la frontière, ténue. Dès les années 1930, Elsa Schiaparelli collabore avec Dali et crée la surprise avec son chapeau-chaussure. Cette collaboration initie la relation intime entre les deux sphères.

S’agissant de la mise en scène ou de la création de vêtements, le défilé des marques s’inscrit dans l’univers de l’art. Marquent clairement cette fusion, Versace et sa collection inspirée du pop art de Warhol ; Vuitton en collaboration avec Takashi Murakami, ou encore Saint Laurent et son emblématique robe rendant hommage à Mondrian.

Chaque défilé, et notamment lors de la fashion week, est pensé, conçu, présenté avec un regard artistique.

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