Le meurtre de Mireille Knoll, un crime antisémite ?

Le 23 mars 2018, Mireille Knoll, 85 ans, est tuée à son domicile du 11e arrondissement de Paris. Elle est poignardée à onze reprises, le corps partiellement brûlé. Octogénaire juive, rescapée de la Shoah et veuve depuis plusieurs années, elle était mariée à un survivant d’Auschwitz. Miam revient sur la médiatisation extrême de ce meurtre, dont l’antisémitisme automatiquement attribué traduit le climat de la société française.

Une tragédie aux mains de la presse et des politiques

Immédiatement, le crime de Mireille Knoll suscite l’émotion, ainsi qu’une médiatisation extrême. La presse s’empare de l’affaire pour en dénoncer l’atrocité. Le caractère antisémite, qui paraît évident, est avancé avant même d’être déclaré par le gouvernement. Le fait divers fait la une des journaux : une survivante de la rafle du Vélodrome d’Hiver en 1942 meurt en plein Paris sous les coups de l’antisémitisme. L’opinion publique, horrifiée par l’affaire, va dans le sens de ce motif.

La classe politique, elle aussi, prend en charge cette tragédie pour servir ses idéologies les plus funestes. Si le Président de la République, comme le ministre de l’Intérieur, rend très vite hommage à la victime, le Rassemblement National l’utilise à des fins plus intéressées. Marine Le Pen s’empresse alors de tweeter : « Meurtre antisémite de Mireille Knoll à Paris : cet acte barbare n’est pas sans rappeler l’assassinat de Sarah Halimi, tuée en avril 2017 par un voisin qui l’avait défenestrée en criant Allah Akbar« . Une hypocrisie évidente de la part de la Présidente du parti d’extrême-droite, instrumentalisant le drame de Mireille Knoll dans le seul but de nourrir la ligne islamophobe de son parti.

« J’exprime mon émotion devant le crime épouvantable commis contre Mme Knoll. Je réaffirme ma détermination absolue à lutter contre l’antisémitisme. » – Emmanuel Macron sur Twitter

La marche blanche immédiatement récupérée

Marine Le Pen lors de la marche blanche /Thibault Camus/AP/SIPA

De la même manière, lors de la marche blanche organisée le 28 mars en hommage à la défunte, la politique vient s’immiscer dans le tragique. Dans le cortège, des associations, comme l’UEJF (Union des étudiants juifs de France), la Licra, ou encore l’association anti-raciste Touche pas à mon pote. Mais aussi et surtout, en première ligne, de nombreux politiques de tous horizons qui prennent l’initiative, d’abord appréciable, de s’y joindre. On trouve notamment Françoise Nyssen, Christophe Castaner ou encore Gérard Collomb. Le président du Crif, Françis Kalifat, est aussi au premier rang, derrière une bannière « La France unie contre l’antisémitisme« .

Mais l’hommage est malheureusement pollué par des querelles politiques. Ainsi, le Rassemblement National et la France Insoumise ont voulu se mêler à ce cortège. Une présence qui n’a pas plu au président du Crif, malgré le fait qu’un des fils de la victime ait affirmé que « tout le monde » était invité à participer. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont hués et sifflés, avant d’être exfiltrés du cortège. Une scène surréaliste lors d’une marche blanche marquée par la souffrance.

La justice ouvre finalement le 26 mars une enquête pour meurtre à caractère antisémite, certes, mais pour lequel plusieurs mobiles sont également retenus.

L’antisémitisme, cause évidente, résultat d’une haine ambiante

Si les premiers aveux des suspects se dirigent vers le meurtre de la victime « parce que juive », le principal suspect revient sur ses propos quelques jours plus tard, avançant avoir évoqué ces propos en état de choc. La piste du « crime crapuleux » est alors favorisée. Pourtant, le meurtre de Mireille Knoll reste gravé dans la mémoire de tous comme une énième manifestation de l’antisémitisme virulent en France.

Photo Boris Allin. Hans Lucas

Et l’affirmation unanime du motif antisémite, que ce soit dans la presse ou chez les politiques, en dit long sur le climat qui règne en France. Un mois avant le meurtre de Mireille Knoll, la justice reconnaissait le caractère antisémite du meurtre de Sarah Halimi. Juive de 65 ans, elle avait été battue puis défenestrée par son agresseur le 4 avril 2017, toujours dans la capitale. Et à peine quatre ans avant se déroulait la terrible tuerie antisémite de l’HyperCacher de Vincennes.

L’antisémitisme en nette hausse en France

Un antisémitisme encore virulent en France, donc, dont les chiffres parus la semaine dernière viennent en confirmer l’ampleur. Édouard Philippe a alors tenu à rappeler, dans les premières lignes de sa tribune publiée sur Facebook ce vendredi 9 novembre, la nuit de violences extrêmes des nazis envers les juifs, il y a tout juste 80 ans. Un rappel des pages les plus sombres de l’Histoire, avant d’évoquer un chiffre alarmant. En un an, les actes antisémites en France ont augmenté de 69% durant les neufs premiers mois de cette année.

« C’était il y a 80 ans, jour pour jour. Le 9 novembre 1938, les nazis livrèrent l’Allemagne à une nuit de violences dirigées systématiquement contre les synagogues, contre les magasins tenus par des juifs, contre les habitations des Juifs. » – Edouard Philippe dans sa tribune

Le Premier ministre a réaffirmé la détermination du gouvernement face à l’antisémitisme et la haine. Il a également incité les victimes à faire face à  « la peur et au silence » et à porter plainte.

Un sujet encore tabou

C’est donc une réalité, et non une victimisation, ou une paranoïa de la communauté juive, comme certains peuvent parfois le désigner. L’antisémitisme progresse en France. Que ce soit par des tags antisémites, dans les universités ou sur des portes d’entrée, des agressions occasionnelles dans les rues, ou encore des faits dramatiques allant jusqu’au meurtre, l’antisémitisme est bien là, et il ne faut pas le nier.

De quoi la manière dont le meurtre de Mirelle Knoll est-il la preuve ? Il est impensable qu’une femme juive soit tuée pour un autre motif que sa religion à 85 ans. Cela s’explique par la multiplication des actes et propos antisémites. Banalisés, certains essayent toutefois d’en comprendre les causes.

La journaliste Zineb El Rhazoui écrivait en avril dernier « Cachez cet antisémitisme musulman que je ne saurais voir« . Il existe selon elle dans la culture du monde arabe une haine des juifs à peine cachée. Cela est rentré dans les moeurs. Si l’on souhaite un jour que le meurtre d’une femme juive n’amène pas de manière systématique le mot « antisémitisme » jusqu’au sommet de l’État, c’est l’éducation qu’il faut changer.

Article co-écrit avec Dinah Cohen

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