Le buzz : la vraie tendance de cette rentrée

Pour vendre un livre, gagner un peu de visibilité ou de téléspectateurs, les chroniqueurs et leurs invités n’hésitent plus à se laisser aller à des commentaires politiquement (très) incorrects. Retour sur les buzz de la rentrée.

Vue générale du plateau de l’émission « On n’est pas Couché », Paris, France.(Baptiste ROUSSEL)

Buzz en chaine

La rentrée médiatique 2018 est sans conteste celle du buzz. Après Eric Zemmour qui qualifie le prénom d’Hapsatou Sy d’insulte à la France, Yann Moix qui affirme que « les flics se chient dans le froc », c’est à Charles Consigny de signer « aujourd’hui , en réalité c’est presque plus facile de réussir quand on est fils d’immigré noir et pédé ».

Mais ce n’est pas tout car la liste de ces phrases chocs s’allonge de jour en jour. La dernière en date : celle d’ Eugénie Bastié. En pleine campagne de promotion pour son dernier livre Le porc émissaire, la jeune auteure a affirmé au micro de FranceInter «La main au fesse n’a jamais tué personne». Ainsi, et pour une nouvelle fois, la même mécanique du buzz s’est enclenchée: les associations s’indignent, les réactions se multiplient et l’opinion se divise. Les principaux intéressés, quant à eux, campent souvent sur leurs positions. C’est entre autre le cas pour Yann Moix qui ne s’excuse pas et pour Eric Zemmour  qui « persiste et signe ». La twittosphère s’émeut, la fashosphère exulte. Alors, exercice de la liberté d’expression ou course au buzz ?

Le franc parler à l’heure du politiquement correct 

« Il a cassé le politiquement correct qui devenait irrespirable ». Voilà une qualité que reconnaissait Charles Consigny à Eric Zemmour sur le plateau de Quotidien le 3 Septembre. Et ce n’est pas le seul puisque de nombreux téléspectateurs se réjouissent de le retrouver à la télévision (et même ailleurs). Pour preuve, son dernier livre, Destin français, s’est classé parmi les meilleures ventes de ces dernières semaines. Sur le plateau de On n’est pas couché, c’est aussi cette forme de franc parler que l’on défend. C’est par ailleurs grâce à cette recette que les chroniqueurs « snipers » rassemblent toujours près d’un million de téléspectateurs chaque samedi. Mais face au franc parler, une limite se dessine a l’horizon : celle de la loi. 

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi »(Article 11). C’est justement en reprenant ces limites qu’une pétition a vu le jour. Son objectif : « Interdire de médias les personnes portant des messages d’incitation à la haine ». 323000 signataires. En réponse à cette initiative, on a alors vu naitre des pétitions pro Éric Zemmour. Entre 1500 et 5000 signataires. Alors liberté d’expression pour les uns et provocation pour les autres. Le divorce est consommé. 

« Je ne sais pas ce qui se passe en cette rentrée, il y a quelque chose de dégueulasse »

Si créer le buzz dynamise les ventes et l’audience, un grand perdant se distingue : le public. Il faut en effet l’admettre: la systématisation des clashs dans les « talk show » se fait au détriment du débat promis par ces émissions. Voilà que tout tend de plus en plus à imposer une pensée vulgaire : où l’on privilégie la forme au fond. On entrevoie alors l’un des vices de « l’infodivertissement » : divertir au détriment d’informer. Car en effet, plus que du contenu le public vient désormais chercher du spectacle dans ces émissions. Les producteurs l’ont bien compris, pour preuve, de plus en plus scénarisent leurs émissions. Cependant le public n’est plus dupe. Comme on peut le voir sur Twitter où l’indignation monte et semble plutôt détacher les français de leurs postes. 

Le 26 Septembre Léa Salamé, alors invitée sur le plateau de Quotidien, s’est également indignée « Je ne sais pas ce qui se passe en cette rentrée, il y a quelque chose de dégueulasse ». Thomas Sotto, à ses côtés, a ajouté que cette succession de clashs était pour lui « le degré zéro » du débat. Face à ce constat, certains programmes ont alors engagé leur mutation.

C’est le cas de « Talk Show », nouvelle émission lancée par RMC à la rentrée. Son ambition ? Réunir les téléspectateurs autour d’un talk show en direct…sans buzz. Jean Baptiste Boursier, son animateur, affirmant ainsi «Je veux de la bienveillance». Néanmoins avec seulement 57000 téléspectateurs, il semble que ce nouveau modèle n’ait pas encore trouvé son public..

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