Laurent Berger : « Une forme de totalitarisme » chez les gilets jaunes

Tous les jours sur Miam, la rédaction revient sur les interviews des matinales radio. Aujourd’hui, Laurent Berger était l’invité d’Elizabeth Martichoux (RTL) tandis que Benjamin Griveaux répondait aux questions de Jean-Jacques Bourdin sur RMC.

Laurent Berger, lucide sur le mouvement des gilets jaunes

Invité de RTL, Laurent Berger répondait ce matin aux questions d’Elizabeth Martichoux. Le secrétaire général de la CFDT, écarté par les gilets jaunes, exprimait un avis objectif. Lucide, le syndicaliste appelle le gouvernement à maintenir la transition écologique mais aussi à mener une politique sociale. 

« Pas de transition écologique si il n’y a pas de justice sociale »

Laurent Berger signale d’abord l’importance de la lutte contre le dérèglement climatique. « Il faut garder le cap sur la transition écologique ». Néanmoins, cette transition « doit s’accompagner de mesures sociales » pour les ménages les plus modestes. Selon le syndicaliste, il n’y a « pas de transition écologique si il n’y a pas de justice sociale ». 

Les mesures d’aides du gouvernement ne sont, selon lui, pas suffisantes. Laurent Berger demande donc d’abord des aides à la mobilité. À l’approche de l’hiver, le secrétaire général souhaite une politique publique afin de soutenir la rénovation thermique des logements. Enfin, il appelle à une prise en charge des transports pour se rendre sur son lieu de travail, comme en Île-de-France.

Mais les propositions du syndicaliste restent parfois sans réponse. Par un tweet, il avait proposé une table ronde pour suggérer un pacte écologique. Le Premier ministre avait estimé que ce n’était pas ce que les gilets jaunes attendaient. « Ce qu’attendent les gilets jaunes, c’est la démission du Président » rétorque Berger. 

La rivalité entre la CFDT et les gilets jaunes

Si la CFDT est mise hors-jeu par les gilets jaunes, c’est également « toutes les institutions de cette République » qui sont indésirables. Dans le même temps, Laurent Berger reconnait que certains des adhérents à la CFDT sont membres des gilets jaunes. « C’est leur liberté ». Selon le secrétaire général, ce mouvement sans leader ne peut pas espérer faire plier le gouvernement. « Pour trouver des solutions, ça ne peut pas être dans un rapport direct entre les gouvernants et le peuple ». 

L’exclusion de la CFDT risque de durer. Laurent Berger ne regrette pas de ne pas avoir soutenu le mouvement. Il dénonce même une certaine dérive du mouvement. « Un certain nombre de pratiques qui ont eu lieu ce week-end sont inquiétantes ». Parmi ces pratiques, celle de ne laisser passer uniquement les automobilistes en accord avec leurs idées, le secrétaire général y voit « une forme de totalitarisme ».

Ce mouvement exprime également « une fracture territoriale, sociale ». Et il appelle le gouvernement à « entendre la colère » des Français « même si elle est confuse, contradictoire, voire dangereuse ».

Benjamin Griveaux dans Bourdin Direct

Ce matin sur RMC, Jean-Jacques Bourdin recevait Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Le secrétaire d’État a pu revenir sur le mouvement des gilets jaunes et la transition écologique.

Faire renaître le lien entre le peuple et ses dirigeants

Invité hier soir sur le plateau de Laurent Delahousse, Edouard Philippe « entend la colère » selon Griveaux, ainsi que la souffrance sincère des Français. Le porte-parole du gouvernement reconnaît le « sentiment que la promesse de la République n’est pas tenue », que les enfants de cette génération ne vivront pas mieux que la génération précédente.

Il y a un besoin de « se désintoxiquer du pétrole » et cela passe en partie par les chèques énergie. Pour le pouvoir d’achat, il rappelle la suppression de « la taxe la plus injuste », la taxe d’habitation.

Concernant la mobilisation de samedi dernier, Benjamin Griveaux affirme que « les femmes subissent en premier » et qu’elles doivent souvent faire face à plus de difficultés sociales que les hommes. Astuce com’ ensuite : si l’écart grandit entre les Français les plus modestes et l’État, c’est à l’État de parler comme eux. « gamins », « boulot », « emmerdant », Griveaux n’y est pas allé de main morte.

« On a infantilisé les Français »

Toutefois cela ne suffit pas à Jean-Jacques Bourdin. Total pourra-t-il forer au large de la Guyane ? Un « oui » difficile à assumer : « La réponse vous la connaissez. » Pourquoi n’y a-t-il pas de fiscalisation du kérosène sur les vols intérieurs ? Ça ne dépend pas que de la France, affirme Benjamin Griveaux. « On ne décide pas dans son coin ».

Des difficultés donc, mais aussi des engagements. La prime à la conversion est une réussite, avec 280 000 véhicules concernés pour l’année 2018. Interrogé sur l’huile de palme, le porte-parole du gouvernement montre le cap. En 2030, il y aura 0% d’importations de produits qui génèrent de la déforestation.

Le secrétaire d’État dit assumer des mesures impopulaires. Doit-on placer le pouvoir d’achat devant l’écologie ? « On aura l’air bien malin si dans 20 ans on sera tous malades mais avec plus de pouvoir d’achat. » La santé, ça n’a pas de prix, rappelle-t-il.

Face aux critiques, Griveaux cible les présidents de régions Laurent Wauquiez et Hervé Morin, où une « fiscalité maximum » est observable. Pas de cadeaux aux Français donc. « On a infantilisé les Français » car cela fait « bien longtemps qu’on n’a pas dit la vérité ». Pour le porte-parole du gouvernement, là se trouve l’origine de la grogne sociale.

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