Khmer rouge : un génocide enfin reconnu

« Génocide » : un nom que l’on connaît pourtant bien, mais qui n’est pas forcément rattaché à de nombreux crimes d’ampleur similaire. Quand on entend le terme génocide, on l’associe instinctivement aux génocides arménien, juif, tzigane. Pourtant, d’autres horreurs de cette même ampleur ont été commises dans le monde, mais ne sont pas reconnues par la justice.

Un soldat khmer rouge.

Vendredi 16 novembre se trouvaient au tribunal international les deux accusés : l’idéologue du régime Nuon Chea et le chef de l’état du « Kampuchéa démocratique » Khieu Samphan. Comparaissant depuis 2011 devant la juridiction internationale, le verdict a enfin été rendu.

Retour sur un long procès

Le tribunal parrainé par l’ONU a fait entendre sa décision concernant le régime qui a conduit à la mort de près de deux millions de personnes entre 1975 et 1979. Quarante ans après la chute du régime, le tribunal a estimé, pour la première fois, que les abus commis à ces dates au Cambodge constituaient « un génocide » au regard du droit international. 

La chambre a étiqueté que « ce crime édifié visait à établir une société athée et homogène en supprimant toutes les différences ethniques, nationales, religieuses, raciales, de classe et culturelles ». En effet, le génocide cambodgien appelé khmer rouge a commis des exactions à l’égards des vietnamiens, de la communauté musulmane cham (peuple ethnique du Cambodge et du Viet Nam) et d’autres minorités religieuses. 

Ainsi, les deux dirigeants khmer rouges encore en vie ont été reconnus coupable. Le jugement a eu lieu en plusieurs procès. Le premier se concentrait sur « les crimes contre l’humanité ». Il a condamné en 2014 les deux hommes à la prison à perpétuité. Quant au second procès, celui de vendredi, il portait principalement sur des accusations de « génocide » à l’encontre des vietnamiens et de la communauté musulmanes cham. Lors du débat, une centaine de témoins ont dénoncé des décapitations, des viols, des mariages forcés et du cannibalisme. Les deux accusés ont nié les atrocités, mais ont là encore été condamnés à la perpétuité. 

De graves conséquences 

« Je vois un homme qui court très très vite, il s’enfuit dans les rizières. Et l’autre, avec ses habits noirs, lui tire dans le dos. Et puis il tombe. C’est cela qui me reste toujours dans la tête »

Pour revenir sur ce génocide dont on ne parle pas assez, il y a eu entre 100 000 et 500 000 cham tués. Sur un total de 700 000 personnes entre 1975 et 1979 par le régime de Pol Pot. Frère « numéro un », ancien premier ministre du Cambodge, chef des Khmers rouges et du Parti communiste du Kampuchéa, Saloth Sâr, alias Pol Pot, est mort en 1998 sans avoir été jugé.

Les gens ont été traumatisés par les khmers rouges. Les patients en psychiatrie se comptent par milliers et ont d’importants syndromes traumatiques. Massacres et purges ont couté la vie à un quart de la population cambodgienne. Pour la génération des survivants, il est impossible d’oublier. 

« C’était trois jours après avoir accouché de mon premier fils. Les khmers rouges ont amené les gens et ils les ont assassinés devant nous. Pour faire un exemple, pour que nous obéissions à tous leurs ordres. Je vois un homme qui court très très vite, il s’enfuit dans les rizières. Et l’autre, avec ses habits noirs, lui tire dans le dos. Et puis il tombe. C’est cela qui me reste toujours dans la tête » déclare Theary survivante du génocide à France 24. 

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