« Japonismes 2018 » : Petite histoire du japonisme

En 1858, la France et le Japon ratifient le premier « traité de paix, d’amitié et de commerce » qui ouvre alors la voie aux échanges commerciaux et culturels entre les deux pays. « Japonismes 2018 : les âmes en résonance » est la célébration, 160 ans plus tard, de ce partenariat d’exception.

En effet, la France rassemble durant toute l’année 2018 un ensemble d’une cinquantaine d’événements prestigieux, conçus en collaboration avec le gouvernement japonais.

Ancrée dans la tradition des relations culturelles franco-japonaises du XIXème siècle, cette initiative est l’occasion de (re)découvrir la culture japonaise sous de multiples aspects et de nous donner à voir le mariage de la tradition et de la modernité.

Après l’autarcie, une politique de lumière ; et le « japonisme » fut

« Japonismes 2018 » est ainsi la commémoration de la signature de ce traité entre la France et le Japon. Toutefois, dans l’absolu, c’est aussi pour le Japon le 150ème anniversaire de la Restauration de Meiji (1868). Cette période est résolument un tournant dans l’histoire du Japon qui s’est enfin ouvert au monde, après deux siècles de repli sur soi. La France découvre ainsi ce pays. Pays mystérieux qui provoque une véritable fascination en Occident. C’est ce que le collectionneur et critique d’art Philippe Burty appelle en 1872 le « japonisme ».

Le néologisme sert avant tout à décrire cette influence qu’exerça la culture nippone sur l’art occidental dans la seconde moitié du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle. Une nuance doit être faite ici : le japonisme n’est pas tant un phénomène initié par le Japon lui-même mais davantage le produit d’armateurs et artistes européens qui se passionnent des oeuvres japonaises.

Ouvrir ses frontières par l’art

L’arrivée de Mutsuhito est en effet à l’origine d’une transformation radicale du Japon, tant dans les domaines politique, économique, sociétal que culturel. L’ère Meiji, qui signifie d’ailleurs « politique de la lumière », s’affirme comme une ère de rayonnement et d’exaltation de la création artistique. C’est réussi. Le Japon devient source d’inspiration pour la France.

Le pays participe alors aux expositions universelles de Londres et Paris à de nombreuses reprises. L’objectif ? Faire connaître la culture japonaise et à travers elle, faire reconnaître la grandeur du pays comme l’égale des grandes nations occidentales, dans un contexte de compétition coloniale.

Ainsi, après une période paradoxale d’autarcie mais de paix et création artistique (celle des estampes qui influencèrent tant les artistes européens), le Japon a modifié les équilibres mondiaux entre l’Asie et l’Occident en ouvrant ses frontières.

Le japonisme au XIXème siècle: d’épiphénomène à vague massive

Si les boutiques spécialisées dans l’importation se multiplient à Paris, il y a aussi – et surtout – un véritable phénomène d’assimilation et de diffusion de l’art japonais en France. A la fin du XIXème siècle, le japonisme a imprégné en profondeur l’art de vivre (objets du quotidien) et les courants d’art moderne.

Tous les domaines sont touchés : des arts visuels comme la peinture, la gravure ou l’art des affiches aux arts appliqués avec la céramique ou joaillerie, et enfin même l’architecture et les arts du jardin. Résolument, le japonisme n’est plus un épiphénomène mais passe plutôt au rang de vague massive.

L’impressionnisme et son cousin japonais

Au XIXème siècle, de nombreux artistes sont dits dissidents, Edouard Manet, Edgar Degas, Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet ou même le sculpteur Rodin pour n’en citer que quelques-un. Ils cherchent à s’affranchir des carcans académiques, tentent d’absorber les principes de l’estampe japonaise qu’ils admirent, en partant d’une observation directe de la nature. L’estampe japonaise devient la nouvelle source d’inspiration.

Felix Bracquemont, céramiste, est l’un des premiers « japonisants », avec notamment son « service Rousseau » qui rend hommage aux estampes japonaises d’Hokusai ou Hiroshige. On lui attribue d’ailleurs la découverte du Manga d’Hokusai en 1856, qui servait à caler les porcelaines venues du Japon chez l’imprimeur Delâtre.

Manga d’Hokusai (G) et estampe de Bracquemont pour son service Rousseau

Si Paul Cézanne s’inspire du point de vue et des techniques d’Hokusai, Vincent Van Gogh est sans doute l’une des plus célèbres figures du japonisme. L’art japonais va pénétrer sa peintures par strates : des aplats de couleurs, des lignes claires ou même les soleils en boule (rouge au Japon, jaune chez Van Gogh).

Van Gogh, chef de file du japonisme en France

Ses compositions reprennent les lignes diagonales des paysages des estampes (« la ligne est libre » écrit-il dans une lettre à son frère), avec notamment les arbres en travers débordant du cadre. L’artiste a adopté un oeil japonais: les couleurs, la composition, le trait émotionnel des encres ou même la circulation du regard – et il a tout re-transformé. En un sens, l’art japonais a bien innervé la géologie du style de Vincent Van Gogh.

Nous pourrions aussi nommer la demeure de Claude Monet à Giverny, haut-lieu de l’impressionnisme. Son jardin se voit parfois qualifié de japonais. Et pour cause : une quantité signifiante des plantes et arbres qui composent Giverny sont importés du Japon. On y trouve des bambous, des gingkos, pommiers ou cerisiers. Et surtout, le petit pont vert (que l’on retrouve dans la série des Nymphéas) participe de cette impression d’un jardin japonais, et nous rappelle l’estampe Glycines au Pont de Drum de Hiroshige.

Des japonismes plutôt qu’un

Ainsi l’art japonais a profondément révolutionné et finalement impressionné les peintres impressionnistes qui trouvent une nouvelle voie d’exploration, bouleversant l’ordre établi. D’ailleurs, chaque impressionniste collectionne « son » japonais fétiche : Hokusai pour Monet, Utamaro pour Van Gogh, Hiroshige pour les deux.

Certains historiens retrouvent même l’empreinte du japonisme, plus discèete, dans l’art nouveau et les abstractions de l’après-guerre. Nous pouvons aussi retrouver l’influence de l’esthétique japonaise dans les constructions architecturales de Le Corbusier au XXème siècle.

L’exposition au musée Guimet en est la parfaite illustration. A la fin du parcours, divers objets, dessins, aquarelles sont présentés, mais sans cadres explicatifs. A vous de deviner. Leur origine japonaise nous parait évidente tant ils s’apparentent aux oeuvres vues pendant l’exposition. Pourtant, des artistes français et britanniques signent une partie des œuvres.

Ainsi, le japonisme est en réalité complexe et pluriel. On ne peut le résumer à une unité stylistique ni même le réduire à une seule expression. Plutôt, le japonisme prend différentes formes. Des japonismes, en fin de compte.

A lire demain sur Miam : Un deuxième japonisme à Paris

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