« Il n’y a pas de petites affaires ! », Rencontre avec un avocat pénaliste

Vous pensez tout savoir des avocats parce que vous avez regardé Suits ? Détrompez vous. L’avocat a bien plus de mystères qu’il n’y paraît. Alors, qui sont ces hommes de l’ombre, qui assurent la défense des victimes ou auteurs présumés de crimes ou de délits ? Miam a eu l’honneur de pouvoir percer une part de ce mythe à travers quelques questions clés dans une interview de Maître Lecocq, jeune avocat au Barreau de Paris. On vous en dit tout.

Pouvez-vous vous présenter, vous et votre parcours ?

Je suis avocat au Barreau de Paris depuis deux ans. J’ai commencé mes études à l’Institut Catholique de Lille en septembre 2009 où j’y ai fait mes trois années de licence. Ensuite je suis parti en Master I en droit privé à Lille II, puis je suis retourné en Master II à Lille car le Master y était un peu plus étoffé. Une fois mon Master II obtenu, je me suis inscrit à l’Institut judiciaire Paris V Descartes à Paris pour passer le CRFPA*.

Mais je n’ai pas poursuivi directement. J’ai pris un an pour réviser seul avec à coté la prépa de l’IEJ à Paris. Après ça j’ai passé l’examen du Barreau qui peut se tenter 3 fois (que j’ai obtenu directement). Dans la foulée, je suis rentré en janvier 2016 à l’École de Formation du Barreau (EFB) où j’avais à la fois cours et un stage de six mois à effectuer que l’on appelle stage de PPI, mais autre part que dans un cabinet d’avocat.

J’ai alors fait mon stage à la FEINVAC* où j’y étais en tant que juriste. Quelques jours après avaient lieux les attentats de Nice. J’étais donc dans le feu de l’action. Je devais traiter les premières urgences. Le 16 juillet, j’étais chargé de m’occuper de la liste des victimes en récoltant le max d’informations sur les victimes décédées car, malheureusement, certaines n’étaient pas identifiables.

« Parce que tout le monde a droit à une défense »

Vous deviez gérer le fait de retrouver les familles ou identifier les personnes ?

Le tout, jusqu’au rapatriement du corps. Il y avait énormément d’étrangers, donc je devais prendre contact avec les consulats. Ensuite j’ai travaillé sur d’autres attentats, tel que le 13 Novembre par exemple.

En tant qu’avocat ?

Non, toujours en tant que juriste. Puis j’ai terminé ce stage et j’ai fait mon stage final dans un cabinet d’avocat, chez Margulis et Associés, rue de Rivoli pendant 6 mois (excellent avocat pénaliste). Après ça, je devais passer le CAPA, l’examen de sortie, que j’ai obtenu. Par la suite, j’ai eu une autre collaboration dans un cabinet d’avocat, mais là ça ne s’est pas très bien passé…

Comment ça ?

Disons simplement que nous n’étions pas sur les même longueurs d’ondes d’un point de vue humain. Nous n’avions pas la même façon de voir les choses.

Pouvez-vous nous expliquer justement pourquoi vous avez voulu faire ce métier ?

Avant tout, pour la défense des gens. Tout le monde a droit à une défense.

« Un avocat qui arrive à son audience et qui n’est pas stressé, ça n’existe pas »

Mais, plus personnellement, qu’est-ce qui vous a donné envie de prendre la défense des gens ?

Disons que déjà très tôt à l’école, je n’aimais pas quand on se moquait d’une personne comme ça. J’y réfléchissais à chaque fois et n’aimais pas que l’on colle des étiquettes, que l’on « juge » des personnes sans essayer de comprendre. Ça a dû influencer ma personnalité et mes envies concernant mon parcours professionnel.

Voyez-vous des défauts à ce métier ?

C’est un métier très prenant. Il y a beaucoup de travail à fournir quand on est sur un dossier. On doit non seulement le traiter, mais aussi préparer l’audience. Et c’est un métier où le stress est souvent très présent. Un avocat qui arrive à son audience et qui n’est pas stressé, ça n’existe pas.

Je suppose aussi que ce doit être prenant d’un point de vue du temps passé sur votre travail, mais aussi d’un point de vue psychologique, non ?

Effectivement. On repense souvent à nos affaires. Mais il faut prendre du recul, c’est important.

Et comment fait-on pour prendre du recul lorsque l’on est confronté à des cas particulièrement difficiles ?

Je pense que ça vient avec le temps. Mais c’est vrai que, parfois, on s’attache aux gens. On ne peut pas être insensible à la détresse qu’ils expriment dans certains cas. Au début c’est compliqué. Mais plus on avance, plus on apprend à prendre du recul.

« Il faut prendre du recul, c’est important »

Avez-vous des astuces particulières pour vous changer les idées ?

Je lis, je vais au ciné, je vois mes amis. (rires)

Pourquoi avez-vous choisi le pénal ?

Je dirais que c’est à peu près pour les même raisons que pour le métier d’avocat. Mais je ne suis pas exactement « spécialisé » dans le droit pénal. Pour cela, il faudrait passer encore un examen. Mais effectivement, je traite principalement des affaires de droit pénal ou droit de la famille.

Y a-t-il une raison personnelle à ce choix ?

Quand on est avocat, on ne fait pas que défendre. On est aussi un soutien morale pour ses clients. Un peu comme un assistant social. Disons que l’on a plusieurs casquettes.

Très jeune, mes parents ont divorcé. Je pense que cela m’a marqué. Alors quand j’ai à faire à des cas de divorce, et que je vois par exemple que les parents tentent d’instrumentaliser leurs enfants, je peux être là pour les conseiller et essayer de les en dissuader. Être avocat, c’est aussi beaucoup conseiller. On est le confident de nos clients. Il faut tenter de les comprendre, et faire notre possible pour eux.

« On ne peut pas être indifférent à la détresse qu’ils expriment dans certains cas »

On a vu les défauts de ce métier, mais quelles en sont les qualités ?

C’est formidable ! C’est un métier où l’on soutient, on tente de faire « éclater le vérité ». On se sent utile. C’est très enrichissant. Et puis quand quelqu’un nous remercie, c’est pas forcément par un cadeau mais simplement par un « merci » sincère, et ça c’est très gratifiant. On a la sensation d’avoir vraiment aidé quelqu’un. C’est génial.

Y a-t-il une affaire qui vous ait beaucoup marqué ?

Bien sûr, mais je ne peux pas vraiment en parler. Disons qu’il s’agissait d’une affaire où il y avait eut viol et tentative de meurtre. Mais je ne considère pas qu’elle soit plus ou moins grave qu’une autre affaire. Pour moi, il n’y a pas de petites affaires. Il y a des degrés de gravités. Mais chaque affaire a son importance.

Comment définiriez-vous le métier d’avocat ?

Passionnant ! On sait pourquoi on se lève le matin.

Si vous deviez donner des conseils à des personnes voulant faire ce métier, que leur diriez-vous ?

Je leur dirais de s’accrocher. Si l’on aime ce que l’on fait, il faut donner le meilleur de soi-même. Mais si on veut des horaires fixes, il vaut mieux oublier ce métier !

D’une manière très générale, savez-vous combien d’heures vous passez à travailler ?

C’est impossible. Disons que l’on est loin des 35 heures.

« Si l’on aime ce que l’on fait, il faut donner le meilleur de soi-même »

Saviez-vous que 36% des personnes ont déclaré avoir déjà fait un burn-out durant leur carrière ? Pensez-vous que l’avocat peut y être sujet avec tout ce stress et cette pression accumulés ?

Effectivement, beaucoup de personnes de la profession en font. Mais je pense que c’est un peu le problème des professions libérales. Après, en fonction de si l’on est avocat à son compte ou avocat dépendant d’un cabinet, ça peut changer la donne. Quand on est dépendant, on doit traiter les dossiers des affaires de son cabinet, et parfois tenter de travailler aussi sur des dossiers personnels. Mais je ne minimise pas la charge de travail des avocats à leur compte. Je pense que plein de facteurs entrent en jeu.

« C’est un métier où l’on se sent utile. C’est très enrichissant »

La CFDT a publié en 2016 des résultats concernant les personnes heureuses au travail. 76% des personnes interrogées ont répondu aimer leur travail. Vous sentez-vous concerné par ce pourcentage ?

Oui, évidemment. J’aime ce que je fais, et je pense que c’est le principal. Quand on aime ce que l’on fait, et qu’on y met du sien, c’est là que l’on peut chercher à vraiment faire les choses bien. C’est important.

Merci beaucoup pour toutes ces informations Maître Lecocq !

* FEINVAC : Fédération Nationale des Victimes d’Attentats et d’Accidents Collectifs
*CRFPA : examen d’entrée au centre régional de formation professionnelle des avocats (CRFPA)

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