Grâce au remaniement, Emmanuel Macron renoue avec le temps long

Le remaniement gouvernemental est attendu depuis deux conseils des ministres déjà, mais le Président préfère prendre son temps. Il retrouve alors sa Présidence du temps long avec laquelle il avait commencé son mandat.

C’est de cette façon que le Président avait souhaité commencer son mandat. Emmanuel Macron voulait aller vite pour réformer le pays, mais prendre le temps pour le reste. Ne pas monopoliser l’espace médiatique, réfléchir avant de choisir, etc. Un temps surnommé « maître des horloges », le président de la République a très vite dû changer cela pour modifier son image.

Différent gouvernement, même politique

En pleine crise gouvernementale, l’Elysée a toutefois semblé changer de stratégie. Après Nicolas Hulot fin août, le départ de Gérard Collomb est le deuxième d’un ministre d’État cette rentrée.

Edouard Philippe n’a pas souhaité remettre sa démission ni celle de son gouvernement. Cela lui épargne un nouveau discours de politique générale devant le Parlement, alors que le Premier ministre avait obtenu quelques 370 voix lors du vote de confiance le 4 juillet 2017.

« On fait un discours de politique générale quand on change de politique. Ce n’est pas le cas. Donc il n’y a pas besoin de discours de politique générale » – Benjamin Griveaux

Edouard Philippe a été chargé de l’intérim place Beauvau le 2 octobre. Depuis ont suivi deux conseils des ministres avec l’actuel gouvernement. Mercredi, l’Élysée annonçait un remaniement « d’ampleur » avec plusieurs départs -certains désirés et des changements internes.

Un remaniement tardif à cause des vérifications ?

Pourtant, la Présidence a également fait savoir que le remaniement n’aurait pas lieu tant qu’Emmanuel Macron ne serait pas sur le sol français. A savoir pas avant vendredi 12, au soir.

Plusieurs raisons expliquent le temps que prend ce remaniement qui occupe pourtant l’espace médiatique (avec du vide) depuis 10 jours.

D’abord, le gouvernement d’Edouard Philippe a montré quelques accrocs avec la justice. Muriel Pénicaud est, avec Business France, au centre de l’affaire Las Vegas et impliquée dans celle d’Havas. Françoise Nyssen n’a pas déclaré des travaux faits dans un bâtiment en partie classé monument historique et siège d’Actes Sud. Gérald Darmanin a été accusé de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance. La plainte a été classée sans suite sans que le ministre soit écarté durant la procédure judiciaire.

Plusieurs affaires éclaboussent l’exécutif et mettent Emmanuel Macron dans l’embarras, qui se voulait le candidat de l’exemplarité.

Les ministrables verront ainsi leurs dossiers vérifiés, en plus de soumettre leurs déclarations de patrimoine à la HATVP, pour éviter tout conflit d’intérêt ou irrégularités.

Pas assez de ténors pour reconstruire

La lenteur de ce remaniement s’explique aussi par l’absence de « vivier » dans lequel puiser pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Avec un parti neuf, les marcheurs de la première heure sont députés, à LREM, dans des cabinets ou déjà ministres. L’exécutif doit improviser.

Si le Président choisit une tête forte de la majorité, il perd une voix capable de tenir à l’Assemblée. Alors que nombre de députés LREM peinent à exister, certains sont parfaitement à l’aise au Palais Bourbon et multiplient interventions et matinales.

La solution pour Emmanuel Macron reste donc la société civile. Le gouvernement d’Edouard Phiilippe compte déjà Jean-Michel Blanquer à l’Éducation nationale, Agnès Buzsyn à la Santé ou encore Frédérique Vidal chargé de l’Enseignement supérieur.

Reste que parfois, venir de la politique peut servir : Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Égalité Femmes-Homme, est une habituée des polémiques médiatiques. Françoise Nyssen, ministre de la Culture, est quant à elle jugée incompétente et risque aujourd’hui sa place. La ministre laisse elle-même le flou concernant son intention de rester au gouvernement après un « J’aime » d’un tweet de Jacques Attali : « L’avenir d’un ministre, c’est d’être ex-ministre » le 7 octobre dernier.

Pour le couple de l’exécutif, la tâche s’avère plutôt compliquée. Alors qu’Edouard Philippe et Emmanuel Macron rivalisent dans les sondages d’opinion en terme d’image, l’enjeu est de regagner en popularité pour ne pas finir l’année en-dessous des 25%.

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