François Hollande pour sauver la gauche ?

Alors que le Parti Socialiste tente d’exister médiatiquement après le naufrage de 2017, François Hollande semble le seul candidat sérieux pour incarner la gauche socialiste en 2022.

Que devient le Parti Socialiste depuis l’élection présidentielle de 2017, épisode durant lequel son candidat Benoît Hamon a réuni 6,3% des suffrages exprimés, avant de quitter le navire ?

Le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, peine à trouver sa place depuis qu’il est entré en fonction le 7 avril 2018, remplaçant Jean-Christophe Cambadélis, balayé lors des législatives par Mounir Mahjoubi, ministre du Numérique.

Finalement, avec seulement 30 députés socialistes (qui s’étaient un temps regroupés sous le nom Nouvelle Gauche, le parti a été contraint de vendre leur siège Solférino pour emménager à Ivry-sur-Seine.)

Un capitaine pour guider le navire

Il ne reste plus grand-monde sur le bateau PS, et les derniers occupants sont souvent en désaccord. Mais ceux qui restent convergent sur un point : ils ne veulent plus de François Hollande.

François Hollande à La Rochelle, le 8 novembre 2016.

Avec un quinquennat marqué par une majorité divisée entre « frondeurs » et fidèles du Président ainsi qu’une impopularité record, peu au parti souhaitent le revoir se mêler aux affaires du parti. L’Expresscitait en août dernier un membre de la direction du parti : « Le parti a vocation à exister au-delà de ses leaders. Ce serait un comble de faire reposer l’ensemble de notre stratégie sur une hypothèse parmi tant d’autres », une pique à peine masquée. 

Pourtant, si le parti souhaite peser dans le débat et s’imposer sur comme une force majeure dans le paysage politique français, il lui faudra trouver un homme pour convaincre. L’actuel premier secrétaire, Olivier Faure, pourtant largement élu, ne réussit pour l’instant pas à incarner la « renaissance » de la gauche, qu’il prônait dans sa profession de foi.

Présent dans la vie médiatique, on ne retient pourtant peu le discours d’Olivier Faure, qui ne marque pas par ses interventions. Le 22 mars dernier, dommage collatéral de la présidence Hollande, il a été exfiltré d’une manifestation de soutien à la grève des cheminots SNCF, suite à des huées et autres invectives : « social-traître», « vendu».

Après le quinquennat de François Hollande, il n’est pas facile d’être du PS, donc encore moins de l’incarner. Un homme seulement parvient à sillonner la France tout en restant attaché au parti, et il s’agit de l’ex-Président lui-même.

Six mois de reconquête

François Hollande a été remarqué par son absence lors de l’université d’été du parti à La Rochelle, après avoir hésité à venir. Après des vacances avec sa compagne Julie Gayet, il a préféré fin-août reprendre les séances de dédicaces, sous l’œil attentif des photographes et journalistes.

François Hollande en août dernier, assistant à un match de Ligue 1 / AFP / Boris HORVAT

Tandis que des personnalités phares comme Stéphane Le Foll livraient à La Rochelle leurs explications concernant l’impopularité du PS : « Le problème du PS aujourd’hui, c’est qu’on traîne avec des gens qui ne sont pas à l’aise avec la ligne politique du parti, c’est problématique » (Le Monde),

François Hollande ne se soucie pas de ces problématiques internes. Il préfère attaquer Emmanuel Macron à l’aide de petites phrases, comme ce fut le cas dans Quotidien le 25 avril dernier. François Hollande qualifiait son successeur de « président des très riches », en pleine promotion de son livre Les leçons du pouvoir (Stock).

Les leçons du pouvoir, un livre pour retrouver les Français

Son livre est construit comme une analyse des principaux moments de son quinquennat, où l’ex-Président livre son bilan. Il revient sur les attentats et les relations internationales ; les projets de loi qui ont marqué son quinquennat ainsi que ses regrets concernant ceux qui l’ont quitté, les ministres et députés frondeurs dès avril 2013 puis son successeur Emmanuel Macron en août 2016.

François Hollande en pleine séance de dédicace

Grâce à cet ouvrage ressemblant plus à une compilation de souvenirs qu’à de véritables « leçons» tirées, François Hollande surfe sur un véritable succès commercial. Avant l’été, on dénombrait 80 000 exemplaires vendus et six tirages.

Celui qui a été premier secrétaire du Parti Socialiste pendant onze ans s’offre ainsi depuis avril des séances de dédicaces. Dans les librairies de grandes et petites villes, à la manière d’un candidat, il rencontre les Français après son tour des plateaux de télévision au printemps.

L’expérience du pouvoir comme principal argument

François Hollande a également un atout de poids : son statut d’ex-Président. Son expérience sur les dossiers de l’Élysée facilite les comparaisons avec Emmanuel Macron et lui offre plus de crédibilité que les autres candidats. Lors d’un débat télévisé, il serait plus apte à répondre, sur le fond comme sur la forme.

Avec un paysage politique qui se recompose avec les glissements à droite des politiques proposées par Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez ainsi que les extrêmes comme principales oppositions à la majorité, la gauche a un boulevard pour ses idées.

Malgré son impopularité, François Hollande a su rebondir, s’offrant même une image d’homme courageux, ayant renoncé à un second mandat en décembre 2017. Il avait promis un silence médiatique mais son habituelle bavardise l’a rattrapé. Son livre lui sert de prétexte pour retourner sur le devant de la scène, rencontrer et discuter avec les français, expliquer ses erreurs, ou plutôt ce qui a été – selon lui – mal compris. En bref, un candidat normal.

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