Christophe Guilluy : « Même chez les ploucs », une conscience écologique

Tous les soirs sur Miam, la rédaction revient sur les interviews des matinales radio. Aujourd’hui, Christophe Guilluy était l’invité d’Yves Calvi (RTL) tandis que Delphine Batho répondait aux questions de Jean-Jacques Bourdin sur RMC.

Delphine Batho, l’écologie et l’Europe chez Bourdin

Ce matin sur RMC, Delphine Batho, député indépendante et présidente de Génération écologie, répondait aux questions de Jean-Jacques Bourdin. Batho a pu réagir sur le réchauffement climatique, les élections européennes et l’écologie selon Emmanuel Macron.

Sujet d’actualité depuis plusieurs semaines déjà, elle affirme, concernant les bébés « sans-bras » qu’il faut trouver le « facteur environnemental ». « On ne peut rien affirmer. Il faut chercher ». La députée demande « que l’inspection générale des affaires sociales soit saisie », de manière à comprendre pourquoi l’alerte sanitaire a pris autant de temps.

Delphine Batho a profité de l’interview pour exprimer son inquiétude vis à vis du nationalisme. « Je crois que la réponse à la peur, c’est l’espoir ». Elle a également indiqué son intention de « manifester pour le climat » le 8 décembre, il faut selon elle sortir des énergies fossiles.

Qu’en est-il pour les élections européennes au centre de l’attention depuis déjà plusieurs mois ? Pour Delphine Batho, les Verts n’ont « pas la crédibilité nécessaire pour (…) rendre l’écologie majoritaire en France ». Annonce très forte de l’ex-PS, pour elle la solution était dans le gouvernement jusqu’à l’automne : « La seule nécessaire capable de produire une énergie forte, ce serait une liste conduite par Nicolas Hulot ». Celle qui a été Ministre dans le gouvernement Ayrault II voit deux atouts. D’abord, Hulot est engagé pour la cause sans calculs politiques. Aussi, il est temps d’une écologie libre et indépendante, qualifiée d’ « intégrale démocratique ». Interrogée sur l’option Royal en tête de liste, Batho affirme : « J’ai quitté le PS, ce n’est pas pour soutenir une candidature socialiste. »

L’Allemagne, un modèle en termes d’écologie

Refusant l’idée de clivage gauche-droite, Delphine Batho en voit plutôt un « entre les destructeurs et ceux qui aiment la nature, qui veulent la défendre ». Questionnée à son tour par Bourdin sur les « revenants », elle répond : « Ça m’est égal. Ce n’est vraiment pas ce qui me passionne ou ce qui me focalise ». La députée veut s’impliquer dans les élections à venir, mais ne sait pas encore comment.

La programmation pluriannuelle de l’énergie devrait être annoncée ce mois-ci. Delphine Batho rappelle que ce plan devait être annoncée en juillet dernier. « Ce qui m’intéresse, c’est ce qui va être fait entre maintenant et 2022 ». A propos de l’écologie politique en Allemagne, Batho explique que « le système politique est très différent » avec un « ancrage dans les responsabilités locales ».

La député termine son entretien en évoquant les divergences avec l’Allemagne. Pour elle, le système français tue le système de coalition. « On s’attendait à des majorités d’idées » concernant Emmanuel Macron. Finalement, il y a une « majorité parlementaire pléthorique (…) c’est sa faiblesse ».

Christophe Guilluy au soutien des classes les plus modestes

À l’occasion de la sortie de son ouvrage « No society – la fin de la classe moyenne occidentale » (Flammarion), l’auteur Christophe Guilluy était reçu par Yves Calvi. Dans son livre, le géographe théorise la fracture de la société française et analyse les discriminations que subissent les classes les moins aisées.

« La fin de la classe moyenne »

Interrogé sur le nouveau clivage « gagnant – perdant » de la mondialisation, Christophe Guilluy évoque une recomposition économique des territoires. Il dénonce le fait que la mondialisation se concentre avant tout sur les catégories aisées et qualifiées. Cela a pour conséquence l’apparition de « poches de prospérité » dans les grandes métropoles. Le géographe réfute l’idée d’une crise économique qui a ébranlé le fonctionnement de la mondialisation. Depuis trente ans, la production de richesses en Europe a constamment augmenté. 

Si son titre évoque « la fin de la classe moyenne », Guilluy voit en réalité un glissement de la conception de la classe moyenne. Dans les années 1960, la classe moyenne devait « réunir tout le monde, de l’ouvrier au cadre supérieur ». Aujourd’hui, le socle de la classe moyenne, c’est-à-dire les paysans et les ouvriers, est considéré comme « le monde d’hier ». À l’instar des employés, ces classes « vivent aujourd’hui différemment la mondialisation » de leurs compatriotes plus aisés. 

Par conséquent, ces individus se fragilisent et sont « moins intégrés économiquement ». Dans le même sens, « la logique d’ascension sociale » a disparu. Alors que ces classes contestent la mondialisation et l’open-society, les grands partis de droite et de gauche proposent, eux, toujours le même modèle. 

Exclusion des pauvres et montée du populisme

Guilluy développe dans cette interview la thèse qu’il avait exposée dans son essai précédent : « La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires ». Si le géographe admet qu’ « il n’y a pas eu de complot » pour chasser les pauvres, ils n’en sont pas moins excluq des grandes villes.  « Ils vivent sur les territoires les plus éloignées […]des zones les plus actives ». Ce ressentiment d’exclusion est, selon Guilluy, doublé d’un sentiment d’oubli de la part des grands partis. 

Réagissant sur l’actualité et les mesures sur le diesel et la limitation à 80km/h, l’auteur les considère comme un impôt indirect. Il tient également à rappeler que ces lois ont tendance à impacter lourdement le pouvoir d’achat de ces classes. Si certains éprouvent une certaine hostilité à l’égard de ces mesures, ils en saisissent pourtant leur utilité. « Même dans le rural, même chez les ploucs » les gens ont conscience des enjeux écologiques ironise-t-il. 

Alors qu’Yves Calvi remarque que l’on tend à culpabiliser le socle de la classe moyenne, Guilluy dénonce l’hypocrisie d’Emmanuel Macron. Ce dernier critique la montée du populisme alors qu’il l’alimente dans sa volonté de cliver, selon l’invité. Lorsque le Président compare la montée du populisme actuelle aux années 1930, « il s’agit, une nouvelle fois, de délégitimer le diagnostique des gens d’en-bas ». 

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