Avec le départ de Manuel Valls, une voix quitte l’Assemblée

Manuel Valls quitte l’Assemblée et le groupe insoumis se réjouit. Ce qui n’est rien d’autre qu’un coup de com’ tente de nous faire oublier la présence de l’ancien Premier Ministre à l’Assemblée. 

Lors des questions au gouvernement du 2 octobre à l’Assemblée Nationale, Manuel Valls a fait ses adieux au Parlement. Lui qui a été élu quatre fois député de l’Essonne (en 2002, 2007, 2012 et 2017), quittant l’Assemblée pour des fonctions au gouvernement dès 2012, abandonne son mandat pour briguer la mairie de Barcelone.

C’est donc avec émotion que Manuel Valls s’est retiré (du moins temporairement) de la vie politique française.

Le groupe insoumis et son président Jean-Luc Mélenchon ont souhaité dire adieu à Manuel Valls à leur manière, brandissant des affiches sur lesquelles ont été imprimées en majuscule les mots « Bon débarras ».

La France Insoumise, entre com’ et indécence

Il ne s’agit pas là de la première provocation du groupe LFI à l’Assemblée, maintenant célèbre pour ses coups de com’.

En début de législature, le groupe France Insoumise (LFI) s’était déjà fait remarquer par son refus de porter la cravate au sein de l’Assemblée. En juillet 2017, les députés avaient déballé un panier de course pour protester contre la baisse de 5€ des APL. Et en décembre dernier, François Ruffin était intervenu vêtu d’un maillot d’une équipe de football.

Le groupe insoumis brandissant « Bon débarras » lors de l’hommage à Manuel Valls

Cette fois-ci, le groupe a voulu frapper fort en montrant son hostilité à l’ancien Premier ministre tandis que son groupe lui rendait hommage par de nombreux applaudissements. Les affiches des députés insoumis ont néanmoins vite été récupérées par les huissiers de l’Assemblée.

Prenant la parole après Manuel Valls, le Premier ministre Édouard Philippe s’est adressé à lui en rappelant son rôle dans la République : « Compte tenu de la chaleur des réactions, soit très dures, soit très élogieuses, soit très respectueuses, qui se sont exprimées dans cet hémicycle lorsque votre nom a été évoqué, je crois pouvoir dire, Monsieur le député, que vous n’avez jamais suscité l’indifférence. »

Un hommage à la France comme à l’Assemblée

Manuel Valls a voulu dire sa reconnaissance à la France et la démocratie, ses collaborateurs, ses électeurs, les députés de tous groupes, et le personnel de l’Assemblée Nationale.

Celui qui quitte la France pour l’Espagne a également loué l’Europe, « cet espace de paix, de liberté, de progrès » qu’il promet de défendre ailleurs comme il l’a fait ici.

Visiblement ému, l’ancien Premier ministre a énuméré des valeurs pour lui essentielles : « Respect, écoute, tolérance, et de l’élégance : c’est ce que j’ai appris avec Michel Rocard », un message à ses collègues insoumis qui à sa droite, ne cachaient pas leur agacement.

Tandis que Richard Ferrand, président de l’Assemblée Nationale, a évoqué le discours de janvier 2015 de Manuel Valls, ce dernier a terminé son discours en disant à nouveau son attachement à la France : « Je ne renoncerai jamais aux valeurs de la République ».

Nous pouvons reprocher à Manuel Valls le député son absentéisme, son départ avant la fin de son mandat.

Nous pouvons également rappeler le manque de transparence sur son élection de juin 2017 (toutefois validée par le Conseil constitutionnel).

Nous pouvons retenir le chef de gouvernement qui n’a pas su faire l’unanimité, même au sein de son propre parti.

Ou finalement se rappeler uniquement ses recours à l’article 49-3 de la Constitution.

Toutefois, Manuel Valls à l’Assemblée, ce n’était pas que cela, et il est nécessaire de ne pas l’oublier.

Manuel Valls, la voix face au terrorisme

« En trois jours, dix-sept vies ont été emportées par la barbarie. » C’est de cette manière que commence la plus célèbre intervention de Manuel Valls dans l’hémicycle. Nous sommes le 13 janvier 2015 et la France pleure encore ses morts, six jours après le premier attentat.

Un Manuel Valls ému, meurtri et fatigué a su s’exprimer 45 minutes durant devant un hémicycle respectueux du deuil et de la communion nationale.

Manuel Valls à l’Assemblée nationale le 13 janvier 2015

Ce jour-là, le Premier ministre a été applaudi de toutes parts, et les députés ont mis de côté leurs différences politiques pour l’écouter.

Manuel Valls a ce 13 janvier rendu hommage aux victimes, et rappelé qu’il est du devoir de la France de protéger tous ses citoyens. « Je ne veux pas qu’il y ait des juifs qui aient peur et des musulmans qui aient honte. »

Ce jour-là, Manuel Valls parlait d’une République unie et fière de ses valeurs : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité.

Il a trouvé les mots justes dans un discours qui nous rappelle l’importance comme la puissance d’une démocratie, où chaque élu du Parlement peut s’exprimer dans un hémicycle dans le respect d’autrui.

Ce discours du 13 janvier 2015, il le termine en rappelant sa fierté d’être français, fierté qu’il a également mentionnée ce 2 octobre, alors qu’il part vers un autre pays.

Avec la nouvelle génération de députés, le déclin de d’une institution

Le comportement des élus insoumis est indigne de leur fonction de représentants du peuple et Manuel Valls a eu raison de ne pas répondre à la bêtise par la bassesse. Il a tiré sa révérence avec élégance.

Toutefois, la réaction des députés de la majorité, huant le député LFI François Ruffin qui prend la parole après cet hommage est tout autant condamnable. Là où Manuel Valls a choisi l’indifférence, ces députés ont préféré l’abaissement.

Le député hué en a profité pour commencer sa prise de parole par un reproche aux députés LREM : « Vous êtes vraiment des modèles de civisme ».

Évidemment prêt à récupérer cet événement à son compte, François Ruffin a relayé la vidéo de son intervention sur son compte Twitter avec comme légende « Quand François Ruffin s’apprête à évoquer les enfants handicapés, que font les marcheurs ? Ils huent. » Ironie, quand tu nous tiens…

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